Le syndicalisme selon Pierre Vadeboncoeur

Voici un court texte que j’ai trouvé dans le numéro de L’Actualité du 1er novembre dernier , où l’on peut y lire un court texte,  qui explique la vision du syndicalisme selon un de ses artisans, le regretté Pierre Vadeboncoeur et qui est toujours d’actualité.

Crise à la FTQ, la plus puissante des centrales syndicales québécoises: conflits d’intérêts, notes de frais gonflées, élections musclées, fréquentations douteuses… Comment expliquer ces dérapages?

L’écrivain Pierre Vadeboncoeur, conseiller syndical de la CSN pendant 25 ans, acteur de premier plan des luttes ouvrières des années 1950 et 1960, a expliqué cette dérive dans un article intitulé «Projection du syndicalisme américain», repris dans son livre La ligne du risque (HMH, 1963). Les centrales sont devenues d’immenses institutions, au coeur même du pouvoir politique, présentes dans les partis, disposant de ressources financières colossales.

«Le syndicalisme, qui primitivement se faisait au niveau de l’usine et par conséquent de la lutte quotidienne, formait des pensées au coeur même du combat (…) Il n’en est plus de même: les idées passent du prolétaire, être actif et mécontent, au permanent syndical, professionnel relativement tranquille; elles se répandent dans la permanence d’un syndicat, elles subissent une évaluation dont les critères peuvent être fort différentes de ceux du prolétaires. (…) Lorsque les syndicats parviennent à un certain point d’évolution et d’organisation, la pensée exprimée du syndicalisme, sa voix, sont celles de la permanence elle-même. (…) La centrale est au centre financier technique, savant, rompu aux habiletés. Elle est douée de moyens énormes pour imposer des conceptions, pour interpréter le mouvement; en fait, son rôle est si étendu qu’elle est même parvenue partout à se former une tradition séparée, autonome, présentant ses propres caractères, différente de la tradition prolétarienne de la base.»

#pierre-vadeboncoeur