Témoignage d’un manifestant arrêté lors de la manifestation contre la brutalité policière

Je vous présente ci-dessous le témoignage d’un jeune qui s’est fait arrêter lors de la manifestation contre la violence policière à Montréal. Ce témoignage a été recueilli sur le forum de discussion de Québec solidaire sur Facebook.

Bon, je vous amène mon témoignage de gars qui s’est fait arrêté…

On s’est fait arrêté en masse/en groupe au coin Bleury/Ste Catherine.
Quand je dis ON, c’est tout le monde qui était là, c’est-à-dire les passant(e)s qui savaient pas trop ce qui se passait et les manifestant(e)s. On nous a serré debout, 1h30-2h pour ma part mais bien plus pour certain(e)s. Dans une pente, ça fait très vite mal au talon et au dos. On a eu le droit a beaucoup d’attente… (La police essayait de spotter du monde qu’ils avaient sur vidéo ou photo dans le peuple en détention.)
On a eu le droit a une belle draft de gaz lacrymo qui a été lancé à l’endroit de manifestant(e)s qui continuaient de lutter dans les environs…

Après l’attente, On commence à nous menotter dans le dos avec des Tie-wrap (les poignets adorent, et les épaules aussi!), puis on nous fouille de partout (partout, partout…), soulève les chandails et regarde à la ceinture si on a pas d’armes, fouille d’effet personnels…
Il faut savoir que pour un policier, une arme peut prendre toute sorte de forme, un ami a failli voir sa fourchette de lunch devenir une arme.
Là on nous check les cartes d’identité sommairement, puis on nous marque d’un numéro et d’une lettre :

  • M : pour le civil, les gens qui sont là, pas spotté et qui sont donc en détention préventive.
  • P : pour le criminel, les gens qui se sont fait spotté pendant la manif et/ou qui ont une « arme » sur eux/elles.

Après que l’on nous ait marqué comme du bétail on nous met dans des autobus de la ville réquisitionner par la police…

À l’intérieur, Interrogatoire/Fichage/photographie (qu’ils n’ont pas le droit de prendre). Étant grand (Ok…Gros…) c’est déjà pas facile de dealer avec les sièges en avant, mais avec les mains dans le dos c’était juste infaisable et douloureux. Une fois le bus plein, nous partons vers une Cours Municipale, ou plutôt, le garage souterrain de celle-ci qui, pour l’occasion, a été aménagé en centre de détention de fortune. Mais avant de sortir, encore plus de fichage et encore plus de questions…

Un homme pète sa coche, c’est sa fête, il sortait du resto, ça fait près de 3h qu’il est retenu contre son grès dans une situation de stress pour des motifs qu’ils ne comprend pas, il crie, il pleure, il sent plus ses mains…

On descend enfin, jusqu’à l’enclos qui nous est destiné… On est un bon groupe de personnes fatiguées, certaine ont envies d’aller au toilettes, la police leur conseille de s’uriner dessus, avec ben du têtage, certaines ont le droit d’aller au toilettes avec 3-4 agents de la paix qui la niaise et s’amuse à éteindre la lumière.

Le monde a soif, la police refuse de nous donner de l’eau… Les personnes qui ont réussi à avoir les mains liées en avant deviennent d’une grande aide. On trouve un robinet dans le garage où l’on est détenu depuis un moment, quelqu’un doté de mains en avant ouvre le robinet et une belle petite file prend forme pour aller boire. Un gardien de la paix intervient et ferme le robinet pour prévenir la possible formation de flaque d’eau… (Même les animaux destinés à l’abattoir on de l’eau a leur disposition). Avec le temps, la police tolère notre détestable besoin de nous abreuver.

Un autre gars pète une coche, une coche hystérique, il crie, il hurle, il bouge dans tout les sens…(lui aussi ne sait pas ce qu’il fait là…) Plus tard, alors que 6-7 policiers entrent pour vérifier nos menottes et les resserrer, l’homme devenu fou se fait embarquer… une nuée de « booouuuuhhh !!! » sera lancé a l’égard des policiers, suivi de plusieurs « No Justice, No peace. Fuck the Police ! ». Les policiers, mains sur les matraques, restent prêts à battre des manifestant(e)s attaché(e)s, au besoin. On ne l’a pas revu.

Après une longue attente dans cette ambiance surréaliste, où tout le monde où presque déambulait aléatoirement dans notre enclos mains dans le dos comme si c’était une position voulue pour une meilleure réflexion. Des scènes cocasses comme une personne qui tient un cellulaire dans le dos au niveau des fesses et une autre qui y colle sa tête pour appeler ou répondre, prennent places… Des joints se fument (what!?), des slogans se crient, des scratchi se font…etc.

Beaucoup d’attente toujours dans la même positions de stress, on commence a nous appeler par nos numéro qu’on peut pas lire nous même puisque dans le dos sur nos mains, il faut de la mémoire et/ou un camarade qui se contorsionne.

Quand on m’appelle, on nous refouille moi et mon portefeuille, on m’amène à la table où l’on prépare ma contravention. On me détache, après 6-7h dans cette position de stress… Les trois policiers qui m’encadrent me demandent si je suis circoncis et si je veux qu’ils me coupent le gland (circoncision, gland…? … m’ok.)

À la table, on lit mon année de naissance ( 20/10/1988) pour ensuite me demander si je suis majeur…(même un chinois de dépanneur est capable de deviner…) surtout que je venais de l’enclos des majeurs… mais bon…
Ca continue il me dit :
« Un petit scorpion !»

  • Euh non, une balance, tsé le symbole de la justice…

« La justice c’est un concept utopiste, ça existe pas. »

Il faut que je lui explique que les questions qu’il me pose ne servent a rien puisqu’il y a déjà toute les infos écrites a 10cm de sa main, je lui pointe du doigt « Ben r’garde don’ ca, t’as raison… » (Maudit cave.)

Apres avoir eu mon ticket en main, on m’envoie dans une autre salle de détention en attente d’être transporté loin du poste par batch de 2-3-4 personnes à la fois. Un agent me précise que c’est pour que l’on réfléchisse à nos « péchés »…Nous partons alors dans un joli fourgon pour détenu(e)s étroit et sans de fenêtres… Pour ma part, j’ai été droppé à Snowdon.

Voilà l’arrestation a dû avoir lieu vers 16h et nous sommes sorties, pour ma batch, un peu après 23h.

Mes poignets sont en bouillie, j’ai des marques, mes épaules aussi sont toutes chiées à cause de la position de stress dans laquelle on été mis 7h voir plus.

Nous n’avons pas eu le droit d’appeler un avocat, on ne nous a pas lu nos droits et j’en passe…

Les tickets étaient de 144$ pour les majeurs dans les M et 118$ pour les mineurs dans les M.